Et l’enfance?

Depuis la naissance, nous nous construisons sur un chemin jalonné d’étapes décisives. Jeune fille, à l’orée de l’adolescence, je savais déjà que cela serait radical. Je « savais » les femmes de ma lignée, celles de mon quotidien, celles de la télé et des magazines. Mais que savais-je de moi et de mon devenir ? Quel corps serait le mien, allait-il (me) plaire ? Quelle place dans la société ? Grandir, c’est quoi ? Comment répondre à ces questions qui tournent comme une valse avec le temps ?  

Ces photos veulent montrer avec pudeur et délicatesse ce corps qui change, empreint d’innocence et d’une certaine fragilité propre à l’enfance. Une féminité qui éclot dans un mouvement impulsif de la nature, une identité qui se construit dans la solitude : une métamorphose du corps sur laquelle nous avons bien peu d’emprise et qui s’impose à nous, dans un imaginaire collectif encore imprégné de stéréotypes sur l’image des femmes.

Des photos symboliques en forme « d’arrêts sur image », trouvant leur place dans le mouvement continu de la vie, rythmé par le temps qui court et danse. 

Pour être soi-même, autonome et libre … Quelle part concédée aux stéréotypes ? Quelle part préservée pour nos différences ? Reste-t-il une part pour l’enfance ?


« Galerie 3.1 – Toulouse – 2020 »

Apparition, disparition : telle est l’alchimie visuelle à laquelle nous convie Danièle Boucon à travers cette série de photographies. Un sujet singulier, qui porte en lui tous les éléments communs à une partie de l’humanité : ceux d’une jeune fille qui bientôt ne sera plus, puisqu’elle deviendra, consciemment ou inconsciemment, malgré elle, peut-être, une femme. Avec l’inquiétude, l’angoisse ajoutées, de ne pas savoir ce que recouvre ce vocable pourtant banal, si souvent usité, parfois jusqu’au vulgaire ou au non sens. Et dans cette drôle de cornue qu’est le temps, le temps d’une pause enfantine qui ne durera pas, d’une pose photographique qui fige et témoigne, nous voyons sous nos yeux se réaliser la sublime expérience : celle d’un corps disparaissant peu à peu, s’effaçant sans le vouloir vraiment, au profit d’un autre corps, inconnu, fatalement inattendu. Nous sommes là dans les lois les plus archétypales de la nature : solve et coagula, comme disaient les anciens. Et au cœur même de l’élément féminin.  C’est dire si’il y a difficulté et piège à en montrer la chose ! Mais Danièle Boucon, femme et mère, connait le chemin, les réactions fondamentales et intimes qui régissent le corps et l’esprit en pleine métamorphose. Ici tout est suggéré, effleuré avec une délicatesse rare que soutien une symbolique légère, débordante de poésie : une paire de chaussures abandonnée avant le minuit qui fera la Dame ; une chevelure sans âge ; une écorce d’arbre, féminine à souhait et qui nous dit pourtant la rudesse des ans qui passent ; une nuque, des jambes dans le trouble et l’ambiguïté du bouleversement annoncé ;  un miroir dans lequel le visage cherche désespérément celui qu’il n’est déjà plus ; et cette petite robe blanche qui tourne et tourne encore,  comme pour fêter en un même élan la naissance et la perte, la joie et le deuil confondus de ce qu’on appelle, faute de mieux, identité. Car c’est bien de cela dont parle Danièle Boucon dans ces images : l’identité d’un être à travers le temps. Ici une jeune fille, qui après rupture et renouveau, dans ce franchissement obligé qu’est l’adolescence, sera autre et elle-même à la fois. Disparue et réapparue. Evanouie et revenue à ses sens. Différente et reconnaissable. Elle : celle-là et pas une autre.

 Texte de Jean-Luc Aribaud

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